Monday, September 20, 2010

Réunion sur le débat entre Ernst Cassirer et Martin Heidegger (Davos, 1929)

Chers collègues,

Nous voudrions vous inviter à participer à une réunion informelle sur le célèbre débat qui a eu lieu à Davos en 1929 entre Ernst Cassirer et Martin Heidegger. Cette réunion aura lieu le lundi 4 octobre à 10h dans le bureau de Dorothée Legrand (ENSTA - RdC).

Vous pouvez trouver ci-dessous les textes à lire pour la réunion. Je vous prie de me contacter si vous souhaitez participer à cette réunion. Afin de pouvoir prolonger les discussions, nous envisageons de « pique-niquer » dans le bureau de Dorothée lors du déjeuner.

Bien cordialement,
Gabriel Catren.

Textes:

1) le texte du débat entre Cassirer et Heidegger [pdf].
2) la recension faite par Heidegger du texte de Cassirer Das Mythische Denken [pdf].
3) conférences de Heidegger sur La Critique de la Raison Pure de Kant et sur la tâche d’une fondation de la métaphysique [pdf].
4) quelques remarques faites par Cassirer sur l'interprétation de Kant proposée par Heidegger [pdf].
5) une conférence de Cassirer dans la perspective d'une confrontation avec Heidegger [pdf].
6) le texte de Michal Friedman Carnap Cassirer And Heidegger - The Davos Disputation [pdf].
7) l’appendice de l’ouvrage d’Heidegger Kant und das Problem der Metaphysik (Gesamtausgabe Bd 03) avec les originaux en allemand des textes cités ci-dessus [pdf].

Sunday, September 5, 2010

Page 291

• Ni l’appel, ni l’acte, ni la dette ne sont des événements sous-la-main.
• L’appel a le mode d’être du souci.
• En lui, le Dasein est en-avant-de-soi (sich vorweg) en s’orientant en même temps vers son être-jeté.
• Seule la position du Dasein comme enchaînement (Abfolgezusammehang) d’une succession (Nacheinander) de vécus permet de prendre la voix pour quelque chose de subséquent (Nachkommendes) et de rétrospectif (Zurückverweisendes).
• La voix rappelle, par delà l’acte, à l’être-en-dette jeté.
• Mais le rappel pro-voque aussi à l’être-en-dette en tant qu’il est à saisir dans l’existence propre, de telle sorte que l’être-en-dette authentique « succède » à l’appel.
• La mauvaise conscience, lois de se réduire à une réprimande rétrospective (rügend-rückweisend), rappelle pro-spectivement (vorweisend) à l’être-jeté.
• L’ordre de succession d’un déroulement de vécus ne livre pas la structure phénoménale de l’exister.

• La bonne conscience – considérée comme une forme autonome de conscience ou comme une forme fondée dans la mauvaise – échoue aussi à atteindre le phénomène originaire.
• La conscience appelle un être-en-dette.

• Si l’on interprète la bonne conscience comme privation de la mauvaise, alors elle serait une expérience du non-surgissement (Nichtauftauchens) de l’appel, i.e. du fait que l’appel n’a rien à me reprocher.
• Ce prétendu vécu, loin d’être l’expérience d’un appel, est une manière de s’assurer (Sichvergewissern) qu’un acte imputé au Dasein n’a pas été commis par lui et qu’il n’est donc pas en-dette.

Thursday, September 2, 2010

Page 290

• Les interprétations vulgaires doivent devenir intelligibles à partir de l’analyse existentiale qui a libéré le phénomène de la conscience en son enracinement ontologique.
• L’analyse de la conscience ne se tient dans le présent essai qu’au service de la question ontologique fondamentale.

• Quadruple est l’objection que l’interprétation vulgaire de la conscience pourrait adresser à notre interprétation de la conscience comme con-vocation (Aufruf) du souci à l’être-en-dette :
1. La conscience a une fonction critique.
2. La conscience parle relativement à un acte déterminé.
3. Sa « voix » n’est jamais rapportée si radicalement à l’être du Dasein.
4. L’interprétation exposée ne tient pas compte des formes fondamentales du phénomène (e.g. de la « mauvaise » et de la « bonne » conscience).

• Dans toutes les interprétations de la conscience, c’est la « mauvaise» conscience qui a la primauté.
• Toute expérience de la conscience commence donc par expérimenter un « en-dette ».
• Le vécu de conscience (Gewissenserlebnis) et sa voix surgissentt après l’acte en question.
• La conscience n’annonce pas une dette en tant que con-vocation à... (Aufruf zu), mais en tant que renvoi (Verweisen) qui rappelle la dette contractée.

• La voix est quelque chose qui surgit (auftaucht), qui a sa place dans la séquence des vécus sous-la-main et qui fait suite au vécu de l’acte.

Monday, August 30, 2010

Page 289

• Il est besoin maintenant de mettre en évidence la connexion entre les résultats de l’analyse ontologique et les expériences quotidiennes de la conscience.

§ 59. L’interprétation existentiale de la conscience et l’explicitation vulgaire de la conscience.

• La conscience est l’appel du souci, venu de l’étrang(èr)eté de l’être-au-monde, qui convoque le Dasein à son pouvoir-être-en-dette le plus propre.
• Le comprendre de l’ad-vocation (Anruf) est le vouloir-avoir-conscience.
• Ces déterminations semblent contredire l’interprétation vulgaire de la conscience, laquelle s’en tient à ce que l’on connaît au titre de conscience.

• La quotidienneté envisage le Dasein comme un étant à-portée-de-la-main offert à la préoccupation : la vie est une affaire (Geschäft).

• D’un part, l’interprétation vulgaire de la conscience ne saurait valoir comme critère ultime de l’« objectivité » d’une analyse ontologique.
• D’autre part, celle-ci n’a pas le droit de s’élever au-dessus de la compréhension quotidienne de la conscience et de passer à côté des théories anthropologiques, psychologiques et théologiques de la conscience fondées sur elle.

Sartre, L'être transphénoménal des phénomènes.

Sartre, L’Etre et le Néant,
Introduction: A la recherche de l'être.

II- Le phénomène d’être et l’être du phénomène.
pp.15-6.
« En considérant non l'être comme condition du dévoilement, mais l'être comme apparition qui peut être fixée en concepts, nous avons compris tout d'abord que la connaissance ne [16] pouvait à elle seule rendre raison de l'être, c'est-à-dire que l'être du phénomène ne pouvait se réduire au phénomène d'être. En un mot, le phénomène d'être est « ontologique » au sens où l'on appelle ontologique la preuve de saint Anselme et de Descartes. Il est un appel d'être; il exige, en tant que phénomène, un fondement qui soit transphénoménal. Le phénomène d'être exige la transphénoménalité de l'être. Cela ne veut pas dire que l'être se trouve caché derrière les phénomènes (nous avons vu que le phénomène ne peut pas masquer l'être) - ni que le phénomène soit une apparence qui renvoie à un être distinct (c'est en tant qu'apparence que le phénomène est, c'est-à-dire qu'il s'indique sur le fondement de l'être). Ce qui est impliqué par les considérations qui précèdent, c'est que l'être du phénomène, quoique coextensif au phénomène, doit échapper à la condition phénoménale - qui est de n'exister que pour autant qu'on se révèle
- et que, par conséquent, il déborde et fonde la connaissance qu'on en prend. »

III - Le cogito « préréflexif » et l’être du « percipere ».
p.17.
« l'être-fondement du percipere et du percipi doit échapper lui-même au percipi: il doit être transphénoménal. Nous revenons à notre point de départ. Toutefois on peut nous accorder que le percipi renvoie à un être qui échappe aux lois de l’apparition, mais tout en maintenant que cet être transphénoménal est l'être du sujet. Ainsi le percipi renverrait au percipiens - le connu à la connaissance et celle-ci à l'être connaissant en tant qu'il est, non en tant qu'il est connu, c'est-à-dire à la conscience. C'est ce qu'a compris Husserl : car si le noème est pour lui un corrélatif irréel de la noèse, dont la loi ontologique est le percipi, la noèse, au contraire, lui apparaît comme la réalité, dont la caractéristique principale est de se donner à la réflexion qui la connaît, comme « ayant été déjà là avant ». Car la loi d'être du sujet connaissant, c'est d'être-conscient. La conscience n'est pas un mode de connaissance particulier, appelé sens intime ou connaissance de soi, c'est la dimension d'être transphénoménale du sujet. »

IV - L’être du « percipi ».
pp.23-4.
« Le « percipi » nous a renvoyé à un « percipiens », dont l'être s'est révélé à nous comme conscience. Ainsi aurions-nous atteint le fondement ontologique de la connaissance, l'être premier à qui toutes les autres apparitions apparaissent, l'absolu par rapport à quoi tout phénomène est relatif. Ce n’est point le sujet, au sens kantien du terme, mais c'est la subjectivité même, l'immanence de soi à soi. Dès à présent, nous avons échappé à l'idéalisme : pour celui-ci l'être est mesuré par la connaissance, ce qui le soumet à la loi de dualité ; il n'y a d'être que connu, s'agît-il de la pensée même : la pensée ne s'apparaît qu'à travers ses propres produits, c'est-à-dire que nous ne la saisissons jamais que comme la signification des pensées faites ; et le philosophe en quête de la pensée doit interroger les sciences constituées pour l'en tirer, à titre de condition de leur possibilité. Nous avons saisi, au contraire, un être qui échappe à la connaissance et qui la fonde, une pensée qui ne se donne point comme représentation ou comme signification des pensées exprimées, mais qui est directement saisie en tant qu'elle est - et ce mode de saisissement n'est pas un phénomène de connaissance, mais c'est la structure de l’être. Nous nous trouvons à présent sur le terrain de la phénoménologie husserlienne, bien que Husserl [24] lui-même n'ait pas toujours été fidèle à son intuition première. Sommes-nous satisfait? Nous avons rencontré un être transphénoménal, mais est-ce bien l'être auquel renvoyait le phénomène d'être, est-ce bien l'être du phénomène ? Autrement dit l'être de la conscience suffit-il à fonder l'être de l'apparence en tant qu'apparence ? Nous avons arraché son être au phénomène pour le donner à la conscience, et nous comptions qu'elle le lui restituerait ensuite. Le pourra-t-elle ? »

p.24
« En tant, donc, que le connu ne peut se résorber dans la connaissance, il faut lui reconnaître un être. Cet être, nous dit-on, c'est le percipi. Reconnaissons tout d'abord que l'être du percipi ne peut se réduire à celui du percipiens - c'est-à-dire à la conscience - pas plus que la table ne se réduit à la liaison des représentations. »

p.26
« L'esse du phénomène ne saurait être son percipi. L'être transphénoménal de la conscience ne saurait fonder l'être transphénoménal du phénomène. »

V - La preuve ontologique.
p.26
« nous croyions être dispensé d'accorder la transphénoménalité à l'être du phénomène, parce que nous avons découvert la transphénoménalité de l'être de la conscience. Nous allons voir, tout au contraire, que cette transphénoménalité même exige celle de l'être du phénomène. »

p.29
« Il est bien entendu que cet être [autre que la conscience et impliqué par elle] n'est autre que l'être transphénoménal des phénomènes et non un être nouménal qui se cacherait derrière eux. C'est l'être de cette table, de ce paquet de tabac, de la lampe, plus généralement l'être du monde qui est impliqué par la conscience. Elle exige simplement que l'être de ce qui apparaît n'existe pas seulement en tant qu'il apparaît. L'être transphénoménal de ce qui est pour la conscience est lui-même en soi. »

Page 288

• Avec ce choix (Wahl), le Dasein se rend possible son être-en-dette le plus propre.
• L’entente (Verständigkeit) du On ne connaît que des infractions contre la norme publique et se dérobe à l’être-en-dette le plus propre, afin de commenter les fautes commises.
• Dans l’ad-vocation, le On est ad-voqué à l’être-en-dette le plus propre.
• La compréhension de l’appel est le choisir (Wählen).
• La conscience ne peut être choisie : ce qui est choisi, c’est l’avoir-conscience en tant qu’être-libre pour l’être-en-dette le plus propre.
• Comprendre l’ad-vocation signifie : vouloir-avoir-conscience.

• Cela ne veut pas dire vouloir avoir une bonne conscience, mais la disponibilité à l’être-ad-voqué (Angerufenwerden).
• Le vouloir-avoir-conscience est tout aussi éloigné d’une recherche de responsabilités factices que de la tendance à une libération (Befreiung) à l’égard de la dette.

• Le vouloir-avoir-conscience est la présupposition existentielle de la possibilité du devenir-en-dette factice.
• Comprenant l’appel, le Dasein laisse le Soi-même le plus propre agir sur soi à partir du pouvoir-être qu’il a choisi.
• Ainsi seulement peut-il être responsable.
• Tout agir (Handeln) est sans conscience (gewissenlos) parce que, sur le fondement nul de son projeter nul, il est devenu en dette auprès des autres.
• Le vouloir-avoir-conscience devient assomption de l’inconscience (Gewissenlosigkeit) à l’intérieur de laquelle subsiste la possibilité existentielle d’être bon.

• L’appel n’est pas seulement critique, mais positif, il ouvre le pouvoir-être le plus originaire en tant qu’être-en-dette.
• La conscience se manifeste comme une attestation (Bezeugung) qui appelle le Dasein devant son pouvoir-être le plus propre.

Sunday, August 29, 2010

Sartre (EN): La conscience implique dans son être un être non conscient et transphénoménal

Sartre, L’Etre et le Néant,
Introduction: A la recherche de l'être.
V- La preuve ontologique.
pp28-9.

La conscience est un être dont l'existence pose l'essence, et, inversement, elle est conscience d'un être dont l'essence implique l'existence , c'est-à-dire dont l'apparence réclame d'être. L'être est partout. Certes, nous pourrions appliquer à la conscience la [29] définition que Heidegger réserve au Dasein et dire qu'elle est un être pour lequel il est dans son être question de son être , mais il faudrait la compléter et la formuler à peu près ainsi : la conscience est un être pour lequel il est dans son être question de son être en tant que cet être implique un être autre que lui.
Il est bien entendu que cet être n'est autre que l'être transphénoménal des phénomènes et non un être nouménal qui se cacherait derrière eux. C'est l'être de cette table, de ce paquet de tabac, de la lampe, plus généralement l'être du monde qui est impliqué par la conscience. Elle exige simplement que l'être de ce qui apparaît n'existe pas seulement en tant qu'il apparaît. L'être transphénoménal de ce qui est pour la conscience est lui-même en soi.

Résumé p.288 [vouloir-avoir-conscience]

.se choisissant lui-même, le Dasein se rend possible son être-en-dette le plus propre, qui demeure refermé au On-même.

.le On décompte des infractions contre la règle courante et la norme publique.
.il s’est dérobé à l’être-en-dette le plus propre.

.la compréhension de l’appel est le choisir.
.pas le choisir de la conscience qui ne peut être choisie.
.choisir l’avoir-conscience en tant qu’être-libre pour l’être-en-dette le plus propre.

.comprendre d’ad-vocation
= vouloir-avoir-conscience.
≠ vouloir avoir bonne conscience.
≠ culte volontairement rendu à l’appel.
= disponibilité à l’être-ad-voqué.
≠ recherche de responsabilités factices
= présupposition existentielle la plus originaire de la possibilité du devenir-en-dette factice.

.comprenant l’appel, le Dasein laisse le soi-même le plus propre agir sur soi à partir du pouvoir-être qu’il a choisi.

.tout agir, facticement, est nécessairement « in-conscient »
..parce qu’il n’évite pas l’endettement moral factice,
..parce qu’il est toujours déjà devenu en dette auprès des autres.
.le vouloir-avoir-conscience devient assomption de l’inconscience essentielle à l’intérieur de laquelle seulement subsiste la possibilité existentielle d’être « bon ».

.la conscience se manifeste comme une attestation appartenant à l’être du Dasein.

.détermination existentiale du pouvoir-être authentique ainsi attesté ?
.le phénomène de la conscience se laisse-t-il reconnaitre comme il est « effectivement » ?
.ne nous sommes-nous pas bornés à déduire avec une franchise excessive une idée de la conscience de la constitution d’être du Dasein ?

.dernière étape de l’interprétation :
..délimitation existentiale du pouvoir-être authentique attesté dans la conscience, accessible même à la compréhension vulgaire de la conscience.
..mise en évidence de la connexion entre les résultats de l’analyse ontologique et les expériences quotidiennes de la conscience.

Friday, August 27, 2010

Summary of page 287

• L’étrang(èr)eté transporte le Dasein devant sa nullité.
• Dans la mesure où il y va pour le Dasein comme souci de son être, il se convoque depuis l’on factice-écheant à son pouvoir-être depuis l’étrang(èr)eté.
• L’appel pro-voque à la possibilité d’assumer en existant l’être-jeté comme fondement nul (nichtigen Grund).
• Le rappel pro-vocant (vorrufende Rückruf) de la conscience (Gewissen) donne au Dasein à comprendre qu’il doit, à titre de fondement nul de son projet nul, se ramener de la perte (Verlorenheit) dans le On vers lui-même, i.e. qu’il est en-dette.

• L’endettement résultant d’une action est un concept dérivé différent de l’être-en-dette au sens existential.
• L’appel de la conscience, provenant du Dasein, se dirige uniquement à cet étant.
• Le con-voquer (Aufrufen) à l’être-en-dette signifie un pro-voquer (Vorrufen) au pouvoir-être que je suis à chaque fois déjà.
• Au lieu de se charger d’une « dette » à cause de manquements (Verfehlungen), le Dasein doit être authentiquement l’en-dette comme lequel il est.

• L’entendre correct de l’appel équivaut au se-projeter (Sichentwerfen) vers le pouvoir-devenir-en-dette (Schuldigwerdenkönnen) authentique.
• Le se-laisser-pro-voquer (Sichvorrufenlassen) à cette possibilité inclut en soi le devenir-libre (Freiwerden) pour l’appel : la disposition (Bereitschaft) au pouvoir-être-ad-voqué (Angerufenwerdenkönnen).
• Le Dasein, comprenant l’appel, est obédient (hörig) à sa possibilité la plus propre d’existence.
• Il s’est lui-même choisi (gewählt).

Résumé p.287

.l’étrang(èr)eté transporte le Dasein devant sa nullité non dissimulée.
.le Dasein se convoque lui-même – en tant que On factice-échéant – à son pouvoir-être.
.l’appel est rappel qui pro-voque :
..provoque à la possibilité d’assumer soi-même en existant l’étant jeté qu’il est.
..rappel à l’être-jeté, afin de comprendre celui-ci comme le fondement nul qu’il a à assumer dans l’existence.
.le rappel provoquant de la conscience donne au Dasein à comprendre qu’il doit se ramener de la perte dans le On vers lui-même : qu’il est en-dette.
.prise de connaissance du en-dette.

.l’appel provient du Dasein lui-même et se dirige uniquement vers cet étant.
.le con-voquer à l’être en dette = pro-voquer au pouvoir-être que je suis à chaque fois déjà en tant que Dasein.
.être authentiquement le « en-dette ».

.l’entendre correct de l’appel = se-comprendre en son pouvoir-être le plus propre = se-projeter vers le pouvoir-devenir-en-dette authentique le plus propre.
.le se-laisser-pro-voquer inclut le devenir-libre pour l’appel : disposition au pouvoir-être-ad-voqué.
.obédience à sa possibilité la plus propre d’existence.
.il s’est lui-même choisi [??].

Thursday, August 26, 2010

Résumé p.286

.est-il évident que tout ne-pas signifie un négatif au sens d’un défaut ?
.trouver l’origine ontologique de la néantité dans la clarification thématique du sens de l’être en général.

.les concepts de privation et de défaut manifestent leur insuffisance à interpréter ontologiquement le phénomène de la dette en s’orientant sur l’idée du mal, si le bonum comme sa privatio tiennent leur origine commune de l’ontologie du sous-la-main.

.l’étant dont l’être est le souci peut se charger d’une dette factice.
.il est en-dette au fond de son être.
.cet être-en-dette essentiel est cooriginairement la condition existentiale de possibilité de la moralité et de ses modifications facticement possibles.

.quelle expérience plaide en faveur de cet être-en-dette originaire du Dasein ?
.la dette n’est-elle là que si la conscience de dette s’est éveillée, ou bien le fait même que la dette sommeille n’annonce-t-il pas justement l’être-en-dette originaire ?

.l’être-en-dette originaire, de prime abord et le plus souvent, demeure non-ouvert, il est tenu refermé par l’être échéant du Dasein.
.cela ne fait que dévoiler la nullité citée.
.l’être-en-dette est plus originaire que tout savoir le concernant.
.c’est seulement parce que le Dasein est en-dette, et, en tant qu’échéant et jeté, se le referme à lui-même, que la conscience est possible
.l’appel donne fondamentalement cet être-en-dette à comprendre.

.l’appel est appel du souci.
.dans l’étrang(èr)eté, le Dasein se rassemble originairement avec lui-même.

Résumé p.285

.c’est en tant qu’être-soi-même que le Dasein est l’être du fondement.

.le Dasein est en existant son fondement.
.il se comprend à partir de possibilités.
.il est l’étant jeté.
.il se tient à chaque fois dans l’une ou l’autre possibilité.
.il a renoncé à une autre.

.le projet est déterminé par la nullité de l’être fondement.
.en tant que projet, il est lui-même essentiellement nul.

.être-libre du Dasein pour ses possibilités existentielles.
.la liberté n’est que dans le choix de l’une, dans le ne-pas-pouvoir-avoir-choisi l’autre.

.dans la structure de l’être-jeté et dans celle du projet est essentiellement contenue une nullité.
.cette nullité est le fondement de la nullité du Dasein inauthentique dans l’échéance.
.le souci est transi de part en part de nullité.
.la nullité existentiale n’a nullement le caractère d’une privation, d’un défaut par rapport à un idéal.
.avant tout ce qu’il peut projeter et atteindre, l’être du Dasein est déjà nul en tant que projeter.
.cette nullité n’est pas une qualité obscure qu’il pourrait, à condition de progresser suffisamment, éliminer.

Wednesday, August 25, 2010

Marc Richir sur la p.284

Richir, M. (2004) Phantasia, imagination, affectivité. Phénoménolgie et anthropologie phénoménologique. Editions Jérôme Millon (pp.165-9)

L’appelant de l’appel est le Dasein dans son Unheimlichkeit, tel qu’il se trouve dans la situation de l’angoisse, comme pur et nu « que » dans le néant du monde. Le Dasein « à hauteur de mort », comme pouvoir-être transmué par le pouvoir-ne-pas être, en un soi qui aiguillonne, inquiète, dans l’appel, le soi factice toujours déjà jeté dans l’une ou l’autre possibilité factice d’exister.
Toujours déjà jeté, facticement, dans l’une ou l’autre de ses possibilités factices d’exister, le Dasein se trouve du même coup toujours en dette de lui-même, surplombé par lui-même en suspens dans sa possibilité la plus propre : c’est ce qu’atteste facticement, donc existentiellement, la structure de l’appel dans le Gewissen. Mais il reste à voir comment cela se fait existentialement, c’est-à-dire comment il est possible de « concevoir existentialement la dette ».
Nous commençons à toucher à la double ipséité du Dasein.
La facticité (l’être toujours déjà jeté au monde) lui appartient quoiqu’elle ne l’amène pas à son « là », c’est-à-dire à cette figure étrangère (unheimlich) de lui-même en tant que pouvoir-être suspendu « à hauteur de mort ».
Le Dasein ne peut jamais reprendre cette contingence (cet être-jeté) pour le conduire dans le « là » du Dasein, donc de lui-même en tant que pur pouvoir-être suspendu.
La détermination factice de l’existence n’est pas un évènement qui le fonderait, une sorte de passage à l’acte ayant eu lieu du pouvoir-être comme puissance, passage factuel, donc contingent. Il ne se passe rien dans le Dasein proprement dit. Il n’est que son « que », c’est-à-dire le pur fait de sa certitude factice d’exister, répondant à la certitude indéterminée de la mort. Soi factice de l’être-jeté ou du projet.
Un autre « soi » pointe l’oreille, avec l’introduction du fondement : le Dasein est aussi le fondement de son pouvoir-être, donc la racine ou le sol de sa positivité. Sol qui excède le soi factice pris dans son existence, et que celui-ci tire comme un fardeau qui l’alourdit.
Distinction entre le sens d’être comme exister (telle ou telle possibilité factice) et le sens d’être comme fondement. C’est dans le pur et simple fait d’exister (où il ne se passe rien) que le Dasein est le fondement de son pouvoir-être, et cela sans qu’il ne l’ait jamais posé, ce pourquoi le fondement est le fardeau de l’existence.
Le projet, c’est-à-dire les possibilités factices d’exister ne peuvent être que les possibilités déjà jetées, c’est-à-dire la contingence du contenu de l’exister. Il est donc impossible pour le Dasein de maîtriser ce qui est censé, comme pur pouvoir-être, être au fondement de ces possibilités factices d’exister. Il ne reste plus au Dasein qu’à assumer l’être-fondement qui lui échappe radicalement parce qu’il l’a toujours déjà précédé dans le jet (projet) des possibilités factices d’exister où il se reconnait facticement.
C’est en étant (toujours déjà) jeté (dans l’une ou l’autre possibilité factice d’exister) que le Dasein est (paradoxalement) fondement. C’est donc à la fois parce qu’il est toujours déjà jeté dans telle possibilité factice d’exister et parce que c’est de cette manière qu’il est fondement qu’il « reste en arrière » de ses possibilités factices d’exister qui, de la sorte, le précèdent toujours déjà. Dire que c’est de cette manière qu’il est son fondement, c’est dire qu’il ne peut pas être avant (et face à) lui, mais, chaque fois qu’il existe dans le jet de telle possibilité factice d’exister, à partir de lui en tant que le fondement de cette possibilité. Le Dasein ne peut donc jamais s’assurer de son fondement, toujours déjà passé dans telle ou telle possibilité factice d’exister, donc ne peut jamais être maître de son être le plus propre qui correspondrait à l’exister dans toutes les possibilités factices d’exister. L’exister factice vient toujours déjà trop tard.
S’il n’y a pas d’autre manière pour le Dasein d’être-fondement que l’exister factice (l’être-jeté) dans telle possibilité factice d’exister d’où le fondement comme être total se retire, le Dasein n’y est jamais que « néantité de soi-même ».
L’être du Dasein comme exister factice (existentiel), c’est-à-dire aussi l’être soi-même dans la certitude factice d’exister, est « être » comme « non-être » (mode négatif de l’être) du fondement. Nous somme au bord du non-sens puisque c’est par le retrait de l’être du fondement que, par une sorte de creusement pour le non-être ou le néant, le Dasein arrive à exister (à être) dans une sorte de réflexivité de soi (d’ipséité) du néant. Comme si l’exister n’était que de ne pas exister parce qu’il n’est jamais que l’exister d’un Autre (le fondement) qui lui échappe radicalement, et qui l’abandonne, le « délaisse » sur la plage du monde.
[plutôt : le fondement serait une vague qui se « délaisse » sur une plage du monde (particulière, contingente) pour exister facticement. L’exister ne serait que ce délaissement par lequel le fondement est autant qu’il n’est pas. dl].
Pour le fondement, la seule manière d’être est négative. C’est seulement dans l’être-soi du Dasein toujours déjà jeté dans telle ou telle possibilité factice d’exister qu’est le fondement, sur le mode de son retrait qui fait de cet être-soi une néantité de soi-même, dont le Dasein a pourtant à assumer la puissance corrosive.
Distinction entre exister et être que Heidegger subsume par la différence entre le factice-existentiel-ontique et l’ontologique-existential, ce dernier anéantissant le premier. L’être du fondement est tout dans son non-être actif au sein de l’existence factice.

Résumé p.284

.le fondement n’a pas besoin de ne tenir sa nullité que de ce qu’il fonde.
.l’être-en-dette ne résulte pas d’abord d’un endettement mais inversement l’endettement ne devient possible que « sur le fondement » d’un être-en-dette originaire.

.l’être du Dasein est le souci.

.facticité (être-jeté)
.existence (projet)
.échéance

.étant, le Dasein est jeté = il n’est pas porté à son Là par lui-même [brought into its there not of its own accord].
.étant, le Dasein est déterminé comme un pouvoir-être [potentiality of being] qui s’appartient à lui-même, et qui pourtant ne s’est pas remis en propre comme lui-même [has not given itself to itself].
.existant, le Dasein ne passe jamais derrière son être-jeté [never gets back behind its throwness], il ne peut libérer qu’à partir de son être-soi-même, et ne peut conduire au Là que ce qu’il est et a à être. [could never expressly release this « that-it-is-and-has-to-be » from its being a self and lead it into the there]

.l’être-jeté ne se trouve pas derrière le Dasein comme un évènement factuellement arrivé [throwness does not lie behind it as an event which actually occurred, something that happened to it and was again separated from Dasein].
.l’être-jeté ne se produit pas en même temps que le Dasein.
.le Dasein en tant que souci est son « que » [Dasein is constantly its « that » as care].

.remise du Dasein à cet étant qu’il est [delivered over to this being].
.par cette remise, le Dasein est le fondement de son pouvoir-être [the ground of its potentiality-of-being].
.le Dasein n’a pas lui-même posé le fondement [it has not laid the ground itself].
.il repose dans la gravité de ce fondement [it rests in the weight of it].
.le fondement, sa gravité, est rendu manifeste par la tonalité comme charge [mood reveals to it as a burden].

.comment le Dasein est-il le fondement jeté [thrown ground]?
.en se projettant vers des possibilités où il est jeté.
.le soi-même doit poser le fondement de lui-même.
.il ne peut jamais se rendre maître de celui-ci.

.étant-fondement = existant comme jeté [being the ground = existing as thrown].
.le Dasein reste en deçà de ses possibilités.
.le Dasein n’est jamais existant avant son fondement.
.il est existant à partir du fondement et comme fondement.
.être-fondement = n’être jamais en possession de son être le plus propre = être une nullité de soi-même.
.ne-pas déterminé existentialement : étant soi-même, le Dasein est l’étant jeté en tant que soi-même.

Summary of page 286

• Sa positivité s’épuise-telle à constituer le passage (Übergang) [dialectique ?] ?
• La dialectique se réfugie dans la négation sans la fonder dialectiquement.
• Les conditions du problème portant sur l’origine ontologique de la néantité (Nichtheit) se trouvent dans la clarification du sens de l’être.

• Les concepts de privation, de défaut (Mangel) et du mal (Bösen) sont insuffisants pour interpréter ontologiquement le phénomène de la dette.
• Le bonum, sa privatio et l’idée de valeur (Wertes) tiennent leur commune origine de l’ontologie du sous-la-main.

• L’étant dont l’être est le souci est en-dette (schuldig) au fond de son être.
• Cet être-en-dette est la condition permettant que le Dasein devienne facticement endetté (schuldig), et la condition du bien et du mal moraux (moralisch).
• L’être-en-dette originaire ne peut être déterminé par la moralité, car celle-ci le présuppose déjà.

• Que l’être-en-dette originaire le plus souvent demeure non-ouvert (unerschlossen), cela ne fait que dévoiler (enthüllt) la nullité (Nichtigkeit) citée.
• L’être-en-dette est plus originaire que tout savoir (Wissen) le concernant.
• C’est parce que le Dasein est essentiellement en-dette que la conscience (Gewissen) est possible.
• L’appel donne cet être-en-dette à comprendre.

• L’appel est appel du souci, dont l’être est constitué par l’être-en-dette.
• Dans l’étrang(èr)eté, le Dasein se rassemble originairement avec lui-même.