Monday, November 15, 2010

Page 295

• Ce serait interpréter à contresens la critique ontologique de l’interprétation vulgaire de la conscience que de croire qu’en montrant la non-originarité existentiale de l’expérience quotidienne de la conscience, elle veut porter un jugement sur la qualité morale existentielle du Dasein qui se tient au sein de celle-ci.
• Le sérieux n’est pas moins possible dans l’expérience vulgaire de la conscience que l’absence de sérieux dans une compréhension plus originaire de la conscience.
• Néanmoins, l’interprétation existentialement plus originaire ouvre des possibilités de comprendre existentiel plus originaire, aussi longtemps que la conception ontologique ne se laisse par couper de l’expérience ontique.

§ 60. La structure existentiale du pouvoir-être authentique attesté dans la conscience.

• L’interprétation existentiale doit dégager une attestation (Bezeugung), présente (seiende) dans le Dasein, de son pouvoir-être le plus propre.
• La guise en laquelle la conscience atteste est une con-vocation pro-vocante à l’être-en-dette.
• Ce comprendre authentique de l’appel est un vouloir-avoir-conscience.
• Ce laisser-agir- en-soi le Soi-même le plus propre à partir de lui-même en son être-en-dette représente phénoménalement le pouvoir-être authentique attesté dans le Dasein.

• Le vouloir-avoir-conscience, en tant que se-comprendre dans le pouvoir-être le plus propre, est une guise de l’ouverture (Erschlossenheit) du Dasein, laquelle est constituée par le comprendre, l’affection et le parler.
• Un comprendre existentiel signifie se projeter vers la possibilité factice la plus propre du pouvoir-être-au-monde, lequel n’est compris que dans l’exister en cette possibilité.

• Quelle tonalité correspond-elle à un tel comprendre ?
• Le comprendre de l’appel ouvre le Dasein propre dans l’étrang(èr)eté (Unheimlichkeit) de son isolement (Vereinzelung).

Page 294

• Cette objection procède d’une vue authentique sur le phénomène : rien, dans la teneur de l’appel, ne peut être mis en lumière à titre de recommandation positive de la voix de la conscience.
• Mais, suit-il de là que le caractère de la conscience soit négatif ?

• L’attente de l’indication de sûres possibilités calculables d’action se fonde dans l’horizon d’interprétation de la préoccupation d’entendement, horizon qui soumet l’exister du Dasein à l’idée d’une économie réglable.
• Ces attentes sont au fondement de l’exigence d’une éthique matériale des valeurs opposée à une éthique formelle.
• L’appel de la conscience ne donne pas des instructions pratiques parce qu’il con-voque le Dasein à l’existence, au pouvoir-être-Soi-même le plus propre.
• Si elle délivrait ces maximes, la conscience refuserait à l’existence la possibilité d’agir.
• Que la conscience ne puisse être positive ne signifie pas qu’elle ne fonctionne que négativement.
• L’appel n’ouvre rien qui puisse être positif ou négatif pour la préoccupation, parce qu’il vise l’existence.
• L’appel livre ce qu’il y a de plus positif, i.e. la possibilité la plus propre du Dasein, en tant que rappel pro-vocant à ce qui est le pouvoir-être-Soi-même factice.
• Entendre authentiquement l’appel veut dire se transporter dans l’agir factice.
• L’interprétation vulgaire, en provenant de la limitation propre à l’auto-interprétation échéante n’a rien d’accidentel.

Tuesday, November 9, 2010

Résumé p.294

.1°objection
.(la conscience a une fonction critique)
.positivité absente de la fonction de la conscience?
.l’absence de la teneur positive de ce qui est « crié » se regrette à partir de l’attente de l’indication de possibilités d’actions – sûres, disponibles, calculables.
.cette attente se fonde dans l’horizon d’explicitation de la préoccupation d’entendement.
.la conscience déçoit ces attentes.
.si l’appel de la conscience ne donne pas de consignes pratiques, c’est uniquement parce qu’il con-voque le Dasein à l’existence, au pouvoir-être-soi-même le plus propre.
.si la conscience délivrait des maximes attendues, elle refuserait la possibilité d’agir.

.l’appel n’ouvre rien qui puisse être positif ou négatif pour la préoccupation, parce qu’il vise l’existence.

.au sens existential, l’appel livre ce qu’il y a de plus positif : la possibilité la plus propre…

.entendre authentiquement l’appel = se transporter dans l’agir factice.

.en dépit de toute son évidence, l’échéance n’a rien d’accidentel.

Monday, November 8, 2010

Page 293

• L’échéance montre que le Dasein de prime abord se comprend à partir de l’horizon de la préoccupation et qu’il détermine l’être au sens de l’être-sous-la-main.
• La théorie prétend discerner une séquence de « processus psychiques » indéterminée en son mode d’être.
• La conscience s’offre à l’expérience comme un juge avec lequel le Dasein débat sous la forme d’une transaction.

• Que Kant place à la base de son interprétation de la conscience l’idée directrice du « tribunal » est imposé par l’idée de loi morale (Sittengesetzes), même si le concept kantien de la moralité demeure éloigné de la morale de l’utilité.
• Même la théorie des valeurs a une « métaphysique des mœurs », i.e. une ontologie du Dasein et de l’existence, pour présupposé ontologique.
• Le Dasein est un étant dont il y a à se préoccuper d’une préoccupation qui reçoit le sens d’une « réalisation de valeurs » ou d’un remplissement de normes.

• Une deuxième objection consiste à dire que l’interprétation existentiale méconnaîtrait que l’appel de la conscience se rapporte toujours à un acte déterminé, effectif ou voulu.
• Même si l’interprétation de l’entendement peut s’imaginer qu’elle s’en tient aux seuls « faits », elle a toujours déjà restreint la portée d’ouverture de l’appel.
• La fonction de la « mauvaise » conscience ne peut pas être réduite à indiquer des endettements sous-la-main ou à en refouler de possibles, comme si le Dasein était un « ménage » (Haushalt) dont il n’y aurait qu’à équilibrer les comptes pour que le Soi-même pût prendre place, spectateur non engagé, à côté de ces déroulements de vécus.

• Si, dans l’appel, la relativité à une dette facticement sous-la-main ou possible n’a rien de primaire, et si la conscience réprimandante (rügende) et admonitrice (warnende) n’expriment pas une fonction originaire de l’appel, cela soustrait fondement à l’objection selon laquelle l’interprétation existentiale méconnaît la fonction critique de la conscience.

Résumé p.293

.le mode d’être essentiel du Dasein (échéance) montre que cet étant se comprend à partir de la préoccupation.
.détermine ontologiquement l’être-sous-la-main.

.double recouvrement du phénomène :
..la théorie prétend discerner une séquence de vécus indéterminée en son mode d’être.
..la conscience s’offre à l’expérience comme juge et moniteur avec lequel le Dasein débat sous la forme d’une transaction.

.Kant : idée directrice du « tribunal », idée de loi morale.
.le Dasein passe pour un étant dont il y a à se préoccuper, d’une préoccupation qui reçoit le sens d’une « réalisation de valeurs » ou d’un remplissement de normes.

.la conscience peut-elle devenir en elle authentiquement accessible ?

2° objection
.(la conscience parle relativement à un acte déterminé, accompli ou voulu)
.cette expérience de l’appel ne laisse pas l’appel complètement « retentir ».
.de par son entente propre, l’explicitation du simple entendement a toujours déjà restreint la portée d’ouverture de l’appel.

.le Dasein n’est pas un « ménage » dont il n’y aurait qu’à équilibrer les comptes pour que le Soi-même pût prendre place, spectateur non engagé, « à côté » de ces déroulements de vécus.

Sunday, November 7, 2010

Résumé p.292

.se rendre certain que l’on n’a pas fait quelque chose, c’est là une opération qui n’a absolument pas le caractère d’un phénomène de la conscience.

.la bonne conscience n’est ni une forme autonome, ni une forme dérivée de conscience – elle n’est absolument pas un phénomène de la conscience.

.quand le Dasein quotidien parle de mauvaise conscience, il manque fondamentalement le phénomène.

.l’explicitation quotidienne se tient dans la dimension du calcul et du compromis préoccupé de la faute et de l’innocence.

.distinction entre
..une conscience qui avertit prospectivement et
..une conscience qui réprimande rétrospectivement.

.l’admonition, en tant qu’elle réfrène ce qui est voulu, n’est possible que parce que l’appel qui avertit vise le pouvoir-être du Dasein.
.se-comprendre de l’être-en-dette, contre lequel seulement le « voulu » peut se briser.

.3° objection
.(la « voix » de la conscience n’est jamais rapportée radicalement à l’être du Dasein)
.l’expérience quotidienne ne connait pas l’être ad-voqué à l’être-en-dette.

Friday, November 5, 2010

??

« on constate aisément que la conscience auparavant déterminée comme une « émanation de la puissance divine », devient maintenant la servante du pharisaïsme » (p.291)

heit/keit ?

en allemand, quelle est la différence entre '-heit' et '-keit'?
exemples:
zuhandenheit (le fait d'être zuhanden?)
et unheimlichkeit (le fait d'être unheimliche?)....

Résumé p.291

.ni l’appel, ni l’acte, ni la dette ne sont des évènements sous-la-main.
.appel : mode d’être du souci en lequel le Dasein est en-avant-de-soi.
.si la voix rappelle, c’est par delà l’acte accompli, à l’être-en-dette jeté, qui est « plus ancien » que tout endettement.
.l’être-en-dette existentiel authentique « succède » à l’appel.
.la mauvaise conscience n’est pas une réprimande rétrospective, elle rappelle pro-spectivement à l'être-jeté.

.l’ordre de succession d’un déroulement de vécus est incapable de livrer la structure phénoménale de l’exister.

.la « bonne conscience » échoue à atteindre le phénomène originaire.
.qui moins que l’homme bon voudrait se le confirmer ?

.bonne conscience = non-surgissement de l’appel
.comment ce « défaut » est-il vécu ?
.pas l’expérience d’un appel
.assurance que le Dasein n’est pas en-dette : il n’a pas commis l’acte imputé.
.absolument pas le caractère d’un phénomène de la conscience.

Résumé p.290

.l’analyse existentiale qui a libéré le phénomène de la conscience en son enracinement ontologique doit rendre intelligibles les explicitations vulgaires de la conscience, y compris le fait qu’elles manquent le phénomène.

.seulement une indication des problèmes essentiels.
.quadruple objection de l’explicitation vulgaire de la conscience à l’encontre de l’interprétation de la conscience comme con-vocation du souci à l’être-en-dette :
..1. la conscience a une fonction critique ;
..2. la conscience parle relativement à un acte déterminé, accompli ou voulu ;
..3. la « voix » de la conscience n’est jamais rapportée radicalement à l’être du Dasein ;
..4. l’interprétation ontologique ignore les formes fondamentales du phénomène, ‘mauvaise’ et ‘bonne’ conscience.

.4° objection
.la conscience est primairement mauvaise > annonce une dette.
.le vécu de conscience surgit après l’acte.
≠ con-vocation à…
= renvoi qui rappelle la dette contractée.
.ce « fait » de la postérité de la voix de conscience exclut-il que l’appel soit pourtant un pro-voquer ?

.la voix surgit dans la séquence des vécus sous-la-main et fait suite au vécu de l’acte.

Tuesday, November 2, 2010

Résumé p.289

§59 L’interprétation existentiale de la conscience et l’explicitation vulgaire de la conscience

.la conscience est l’appel du souci, venu de l’étrang(èr)eté de l’être-au-monde, qui convoque le Dasein à son pouvoir-être-en-dette le plus propre.
.comprendre : vouloir-avoir-conscience.

.contredit l’explicitation vulgaire de la conscience.

.est-il nécessaire que l’interprétation ontologique s’accorde en général avec l’explicitation vulgaire ?
.l’explicitation vulgaire éveille un soupçon ontologique fondamental.
.le Dasein, de prime abord et le plus souvent, se comprend à partir de ce dont il est préoccupé. Il explicitera de manière échéante-recouvrante l’appel qui veut le ramener de la perte dans les préoccupation dans le On.

.pourtant, il faut aussi que l’expérience vulgaire de la conscience touche en quelque manière préontologique le phénomène.

.l’explicitation vulgaire de la conscience ne saurait valoir comme critère ultime de l’ « objectivité » d’une analyse ontologique.
.l’analyse ontologique n’a pas le droit de s’élever au-dessus de la compréhension quotidienne de la conscience et de passer à côté des théories anthropologiques, psychologiques et théologiques de la conscience fondées sur elle.

Page 292

• Se rendre certain que l’on n’a pas fait quelque chose (Nichtgetanhabens) n’a pas le caractère d’un phénomène de la conscience (e.g. cette certification peut signifier un oubli de la conscience).
• Cette « certitude » abrite en soi le refoulement rassurant du vouloir-avoir-conscience, i.e. de la compréhension de l’être-en-dette le plus propre.

• L’expression bonne (ou mauvaise) conscience provienne de l’expérience de la conscience du Dasein quotidien.
• L’interprétation quotidienne se tient dans la dimension du calcul et du compromis préoccupé de la faute (Schuld) et de l’innocence (Unschuld).

• L’admonition (Warnung), en tant qu’elle réfrène ce qui est voulu, n’est possible que parce que l’appel qui avertit vise le pouvoir-être du Dasein, le se-comprendre dans l’être-en-dette.
• La conscience admonitrice a la fonction de la régulation momentanée de l’abstention de toute endettement.
• L’expérience de la conscience admonitrice aperçoit la tendance appelante de la conscience dans la mesure où elle demeure accessible à l’entente du On.

• Nous devons concéder que l’expérience quotidienne de la conscience ne connaît rien de tel qu’un être-ad-voqué à l’être-en-dette.

Monday, September 20, 2010

Réunion sur le débat entre Ernst Cassirer et Martin Heidegger (Davos, 1929)

Chers collègues,

Nous voudrions vous inviter à participer à une réunion informelle sur le célèbre débat qui a eu lieu à Davos en 1929 entre Ernst Cassirer et Martin Heidegger. Cette réunion aura lieu le lundi 4 octobre à 10h dans le bureau de Dorothée Legrand (ENSTA - RdC).

Vous pouvez trouver ci-dessous les textes à lire pour la réunion. Je vous prie de me contacter si vous souhaitez participer à cette réunion. Afin de pouvoir prolonger les discussions, nous envisageons de « pique-niquer » dans le bureau de Dorothée lors du déjeuner.

Bien cordialement,
Gabriel Catren.

Textes:

1) le texte du débat entre Cassirer et Heidegger [pdf].
2) la recension faite par Heidegger du texte de Cassirer Das Mythische Denken [pdf].
3) conférences de Heidegger sur La Critique de la Raison Pure de Kant et sur la tâche d’une fondation de la métaphysique [pdf].
4) quelques remarques faites par Cassirer sur l'interprétation de Kant proposée par Heidegger [pdf].
5) une conférence de Cassirer dans la perspective d'une confrontation avec Heidegger [pdf].
6) le texte de Michal Friedman Carnap Cassirer And Heidegger - The Davos Disputation [pdf].
7) l’appendice de l’ouvrage d’Heidegger Kant und das Problem der Metaphysik (Gesamtausgabe Bd 03) avec les originaux en allemand des textes cités ci-dessus [pdf].

Sunday, September 5, 2010

Page 291

• Ni l’appel, ni l’acte, ni la dette ne sont des événements sous-la-main.
• L’appel a le mode d’être du souci.
• En lui, le Dasein est en-avant-de-soi (sich vorweg) en s’orientant en même temps vers son être-jeté.
• Seule la position du Dasein comme enchaînement (Abfolgezusammehang) d’une succession (Nacheinander) de vécus permet de prendre la voix pour quelque chose de subséquent (Nachkommendes) et de rétrospectif (Zurückverweisendes).
• La voix rappelle, par delà l’acte, à l’être-en-dette jeté.
• Mais le rappel pro-voque aussi à l’être-en-dette en tant qu’il est à saisir dans l’existence propre, de telle sorte que l’être-en-dette authentique « succède » à l’appel.
• La mauvaise conscience, lois de se réduire à une réprimande rétrospective (rügend-rückweisend), rappelle pro-spectivement (vorweisend) à l’être-jeté.
• L’ordre de succession d’un déroulement de vécus ne livre pas la structure phénoménale de l’exister.

• La bonne conscience – considérée comme une forme autonome de conscience ou comme une forme fondée dans la mauvaise – échoue aussi à atteindre le phénomène originaire.
• La conscience appelle un être-en-dette.

• Si l’on interprète la bonne conscience comme privation de la mauvaise, alors elle serait une expérience du non-surgissement (Nichtauftauchens) de l’appel, i.e. du fait que l’appel n’a rien à me reprocher.
• Ce prétendu vécu, loin d’être l’expérience d’un appel, est une manière de s’assurer (Sichvergewissern) qu’un acte imputé au Dasein n’a pas été commis par lui et qu’il n’est donc pas en-dette.

Thursday, September 2, 2010

Page 290

• Les interprétations vulgaires doivent devenir intelligibles à partir de l’analyse existentiale qui a libéré le phénomène de la conscience en son enracinement ontologique.
• L’analyse de la conscience ne se tient dans le présent essai qu’au service de la question ontologique fondamentale.

• Quadruple est l’objection que l’interprétation vulgaire de la conscience pourrait adresser à notre interprétation de la conscience comme con-vocation (Aufruf) du souci à l’être-en-dette :
1. La conscience a une fonction critique.
2. La conscience parle relativement à un acte déterminé.
3. Sa « voix » n’est jamais rapportée si radicalement à l’être du Dasein.
4. L’interprétation exposée ne tient pas compte des formes fondamentales du phénomène (e.g. de la « mauvaise » et de la « bonne » conscience).

• Dans toutes les interprétations de la conscience, c’est la « mauvaise» conscience qui a la primauté.
• Toute expérience de la conscience commence donc par expérimenter un « en-dette ».
• Le vécu de conscience (Gewissenserlebnis) et sa voix surgissentt après l’acte en question.
• La conscience n’annonce pas une dette en tant que con-vocation à... (Aufruf zu), mais en tant que renvoi (Verweisen) qui rappelle la dette contractée.

• La voix est quelque chose qui surgit (auftaucht), qui a sa place dans la séquence des vécus sous-la-main et qui fait suite au vécu de l’acte.