Sunday, January 2, 2011

Page 316

• Le regard porte trop court lorsque
1. la vie est prise pour problème et la mort ne l’est qu’occasionnellement,
2. l’objet thématique est découpé artificiellement lorsque l’on commence par se restreindre à un « sujet théorique » en le complétant ensuite « du côté pratique » par une « éthique ».

• La compréhension le plus souvent régnante de l’être le conçoit au sens de l’être-sous-la-main et recouvre le phénomène originaire de la vérité.
• « Il » n’« y a » de l’être que pour autant que la vérité « est ».
• La compréhension de l’être se modifie selon la modalité de la vérité.
• La vérité originaire doit garantir la compréhension de l’être du Dasein et de l’être en général.
• La « vérité » ontologique de l’analyse existentiale se configure sur le fondement de la vérité existentielle originaire, laquelle n’a pas nécessairement besoin de celle-là.
• La vérité existentiale la plus originaire à laquelle aspire l’ontologie fondamentale est l’ouverture du sens d’être du souci.

§ 64. Souci et ipséité.

• L’unité des moments constitutifs du souci, i.e. de l’existentialité, de la facticité et de l’être-échu, a rendu possible la première délimitation ontologique du tout structurel du Dasein.
• La structure du souci a été portée à la formule existentiale suivante : être-déjà-en-avant-de-soi-dans (un monde) en tant qu’être-auprès (de l’étant faisant encontre à l’intérieur du monde).

Saturday, January 1, 2011

BBC documentary sur J.-P. Sartre

Sartre, The Road to Freedom

Page 315

• Dans l’analytique existentiale, il est impossible d’éviter le cercle, car elle ne prouve pas d’après les règles de la logique de la conséquence.
• Ce que l’entendement souhaite éliminer en évitant le cercle est la structure du souci.
• Constitué par celui-ci, le Dasein est toujours en-avant-de-soi-même (sich-selbst-vorweg).
• Étant, il s’est déjà projeté vers des possibilités déterminées de son existence, et, dans de tels projets existentiels, il a déjà co-projeté (mitentworfen) préontologiquement l’existence et l’être.

• L’objection du cercle (Zirkeleinwand) provient d’un mode d’être du Dasein.
• Qu’il soit théorique ou pratique, tout ce dont l’entente propre du On se préoccupe, c’est de l’étant que la circon-spection peut dominer du regard.
• L’entendement méconnaît que de l’étant ne peut être factuellement expérimenté que lorsque son être est déjà compris, quoique non pas encore conçu.
• L’entendement, en méconnaissant le comprendre, passe pour violence ce qui se tient au-delà de la portée de sa compréhension.

• Nier ce cercle ou vouloir le surmonter, cela signifie consolider cette double méconnaissance :
1. Méconnaissance que le comprendre constitue un mode fondamental de l’être du Dasein.
2. Méconnaissance que cet être est constitué comme souci.
• L’effort doit s’appliquer à sauter dans ce cercle afin de s’assurer d’un regard plein sur l’être circulaire du Dasein.
• L’on présuppose trop peu pour l’ontologie du Dasein lorsque l’on part d’un Moi sans monde, afin de lui procurer après un objet et une relation ontologiquement dépourvue de fondement à cet objet.

Thursday, December 30, 2010

Page 314

• La délimitation de la structure du souci a fourni sa base à une première différenciation ontologique de l’existence et de la réalité.
• La substance de l’homme est l’existence.

• Même cette idée existentiellement non-obligeante de l’existence abrite une teneur (Gehalt) ontologique déterminée, laquelle présuppose, tout comme l’idée de réalité, une idée de l’être en général.
• L’une et l’autre désignent de l’être.

• L’idée de l’être doit être conquise grâce à l’élaboration de la compréhension d’être qui appartient au Dasein.
• Pourtant, celle-ci ne peut être saisie que sur la base d’une interprétation du Dasein au fil conducteur de l’idée d’existence.
• Est-ce que le problème fondamental-ontologique se meut ainsi dans un cercle ?

• Ce qui est blâmé sous le titre de « cercle » appartient à l’essence du comprendre.
• L’objection du cercle opposée à l’interprétation existentiale dit ceci : l’idée de l’existence et de l’être est présupposée, et c’est d’après elle que le Dasein est interprété, afin d’obtenir par là l’idée de l’être.
• Pourtant, que veut dire « présupposer » ?
• Est-ce qu’avec cette idée de l’existence une proposition de base est posée, à partir de laquelle nous déduirions d’autres propositions relatives à l’être du Dasein ?
• Ou bien ce présupposer n’a-t-il pas plutôt le caractère du projeter compréhensif, de telle sorte que l’interprétation qui configure ce comprendre donne la parole à l’étant à expliciter, afin qu’il décide s’il fournira la constitution d’être en direction de laquelle il fut ouvert, de manière formelle-indicative, dans le projet ?

Wednesday, December 29, 2010

Page 313

• La violence du projet ne devient-elle pas libération de la réalité phénoménale non-déguisée du Dasein ?

• Si l’analytique pose à son fondement, en tant que pouvoir-être existentiellement authentique, la résolution devançante, cette possibilité est-elle fortuitement privilégiée?
• L’être-au-monde a-t-il une instance plus haute de son pouvoir-être que sa mort ?

• La thèse selon laquelle le Dasein échoit (verfalle), et qu’il faut lui disputer, contre cette tendance d’être, l’authenticité de son pouvoir-être, ne dépend pas d’une idée présupposée de l’existence dont la légitimité est problématique ?

• L’indication formelle de l’idée d’existence était guidée par la compréhension d’être qui se trouve dans le Dasein.
• Le Dasein, je le suis à chaque fois moi-même en tant que pouvoir-être pour lequel il y va d’être cet étant.
• En se comprenant comme être-au-monde, il fait encontre au Dasein de l’étant possédant le mode d’être de l’à-portée-de-la-main et du sous-la-main.
• Le Dasein n’est pas seulement sous-la-main, mais il s’est à chaque fois déjà compris.
• L’idée d’existence que nous avons posée au départ de l’analyse est la pré-esquisse de la structure formelle de la compréhension du Dasein en général.

Monday, December 27, 2010

Page 312

• À l’être du Dasein appartient l’auto-interprétation.
• Dans la découverte circonspecte-préoccupée du monde, la préoccupation est prise en vue.
• Facticement, le Dasein se comprend dans des possibilités existentielles déterminées, même si elles proviennent de l’entente du On.
• L’existence, expressément ou non, adéquatement ou non, est co-comprise.
• Tout comprendre ontique a ses implications (Einschlüsse), même si ceux-ci ne sont pas conçus de manière théorique.

• Sans une compréhension existentielle, toute analyse de l’existentialité demeure dépourvue de sol.
• N’y a-t-il pas, à la base de l’interprétation de l’authenticité, une conception ontique de l’existence, qui ne saurait être obligatoire pour tout un chacun ?
• Même si l’interprétation existentiale ne prétendra jamais faire acte d’autorité sur des possibilités existentielles, ne doit-elle pas se justifier quant aux possibilités existentielles qui lui servent à fournir à l’interprétation ontologique son sol ontique ?
• Si l’être du Dasein est pouvoir-être et être-libre pour ses possibilités les plus propres, l’interprétation ontologique peut-elle faire autrement que de poser à son fondement des possibilités ontiques et de projeter celles-ci vers leur possibilité ontologique ?
• S’il est vrai que le Dasein s’interprète à partir de sa perte dans la préoccupation pour le monde, la détermination des possibilités ontico-existentielles conquise à contre-courant de cette tendance n’est-elle pas la seule manière d’ouvrir cet étant qui lui soit adéquate ?

BBC documentary sur M. Heidegger

Heidegger, Thinking The Unthinkable

Saturday, December 25, 2010

Page 311

• L’étant que nous sommes à chaque fois nous-mêmes est ontologiquement le plus lointain.
• La raison s’en trouve dans le souci lui-même.
• L’être échéant auprès de ce qui dans le monde s’offre à la plus proche préoccupation (Nächstbesorgten) guide l’interprétation quotidienne du Dasein et recouvre ontiquement son être authentique.
• La prédonation phénoménale originaire de cet étant n’est pas évidente du tout.
• La libération de l’être originaire du Dasein doit être disputée à la tendance interpretative ontico-ontologique échéante.

• Dans le Dasein, l’entendement préoccupé s’est emparé du pouvoir-être et de son ouverture, i.e. de sa fermeture.

• Selon la suffisance de l’évidence rassurée de l’interprétation quotidienne, l’analyse existentiale a un caractère de violence (Gewaltsamkeit).
• Ce caractère est propre à toute interprétation, car la compréhension (Verstehen) qui se configure en elle a la structure du projeter.

Friday, December 24, 2010

Page 310

• La résolution devançante, loin de viser à surmonter (überwinden) la mort, est ce comprendre qui libère pour la mort la possibilité de s’emparer de l’existence.
• Le vouloir-avoir-conscience déterminé comme être pour la mort, loin de signifier un isolement (Abgeschiedenheit) qui fuirait le monde, transporte sans illusions dans la résolution de l’agir (Handelns).
• Avec l’angoisse dégrisée qui transporte devant le pouvoir-être isolé, s’accorde la joie vigoureuse de cette possibilité.
• En elle, le Dasein devient libre des contingences de cette assistance (Unterhaltenwerdens) que la curiosité demande aux événements du monde.

• L’interprétation ontologique de l’existence du Dasein ne repose-t-elle pas sur une conception ontique déterminée de l’existence authentique, sur un idéal factice du Dasein ? Réponse : effectivement.

• Ce fait doit être conçu en sa nécessité positive à partir de l’objet thématique de la recherche.
• La philosophie ne contestera jamais ses présupposés, mais jamais non plus elle n’aura le droit de se borner à les reconnaître.

§ 63. La situation herméneutique conquise pour une interprétation du sens d’être du souci et le caractère méthodique de l’analytique existentiale en général.

• Avec la résolution devançante, le Dasein a été rendu visible phénoménalement quant à son authenticité et totalité possibles.

Tuesday, December 21, 2010

Page 309

• L’être pour la mort authentique est la possibilité la plus propre, absolue (unbezüglichen), indépassable (unüberholbaren), certaine et pourtant indéterminée.
• La résolution n’est authentiquement ce qu’elle peut être que comme résolution devançante.

• Le devancement est le mode d’un pouvoir-être existentiel attesté dans le Dasein.
• Le devancement doit être conçu comme la possibilité, abritée dans la résolution, de son authenticité.
• L’authentique pensée de la mort est le vouloir-avoir-conscience qui s’est rendu existentiellement translucide.

• Si la résolution tend au mode délimité par le devancement, et si celui-ci constitue le pouvoir-être-tout authentique du Dasein, alors dans la résolution ce pouvoir-être-tout est co-attesté.
• La question du pouvoir-être-tout est une question factice-existentielle, à laquelle le Dasein répond en tant que résolu.
• La question de la totalité du Dasein possédait une légitimité parce que son fondement remontait à une possibilité ontique du Dasein.

• La mise au jour de la connexion entre devancement et résolution est devenue une mise en lumière phénoménale d’un pouvoir-être-tout authentique du Dasein.

Monday, December 20, 2010

Page 308

• Un tel tenir-pour-vrai (Für-wahr-halten) de la résolution en tant que vérité de l’existence, loin de se laisser retomber dans l’ir-résolution, est, en tant que se-tenir-libre (Sich-frei-halten) résolu pour la re-prise (Zurücknahme), la résolution pour la répétition d’elle-même.
• Le tenir-pour-vrai qui appartient à la résolution tend à se tenir constamment libre.
• Cette certitude n’est garantie à la résolution que si celle-ci se rapporte à la possibilité dont elle peut être certaine.
• Dans sa mort, le Dasein doit se « reprendre » (zurücknehmen).
• Devançante, la résolution conquiert sa certitude authentique.

• Le Dasein est cooriginairement dans la non-vérité.
• La résolution devançante lui donne la certitude de sa fermeture (Verschlossenheit).
• Résolu en devançant, le Dasein se tient ouvert pour la perte constante dans l’ir-résolution du On.
• L’ir-résolution est co-certaine (mitgewiβ) en tant que possibilité constante du Dasein.
• L’indéterminité du pouvoir-être ne se détermine que dans la résolution (Entschluβ) par rapport à chaque situation.
• L’indétermination du pouvoir-être propre ne se manifeste totalement que dans l’être pour la mort.
• Le devancement transporte le Dasein devant une possibilité qui, tout en étant certaine, demeure à tout instant indéterminée quant au moment où la possibilité devient impossibilité.
• Elle manifeste que le Dasein est jeté dans l’indétermination de sa situation-limite (Grenzsituation), en se résolvant à laquelle il conquiert son pouvoir-être-tout authentique.
• Cette angoisse originaire dans laquelle s’ouvre l’indétermination de la mort débarrasse (räumt) tout recouvrement de l’abandon du Dasein à lui-même.
• Le rien (Nichts) devant lequel l’angoisse transporte dévoile la nullité (Nichtigkeit) qui détermine le Dasein en son fondement, lequel est lui-même en tant qu’être-jeté dans la mort.

Wednesday, December 15, 2010

Page 307

• Le comprendre de l’appel de la conscience dévoile la perte (Verlorenheit) dans le On.
• La résolution ramène le Dasein vers son pouvoir-être-Soi-même.
• Le pouvoir-être devient translucide dans l’être compréhensif pour la mort comme possibilité la plus propre.

• Dans son ad-vocation, l’appel de la conscience passe tout pouvoir mondain du Dasein, en l’isolant sur son pouvoir-être-en-dette.
• L’acuité intacte de l’isolement essentiel sur le pouvoir-être le plus propre ouvre le devancement vers la mort comme possibilité absolue (unbezüglichen).

• Le vouloir-avoir-conscience signifie la disponibilité à être ad-voqué (Anrufbereitschaft) à l’être-en-dette qui déterminait déjà le Dasein factice avant tout endettement factice et après sa liquidation.
• Lorsque la résolution, en devançant, a repris (eingeholt) la possibilité indépassable (unüberholbar) de la mort dans son pouvoir-être, l’existence authentique du Dasein ne peut plus être dépassée (überholt) par rien.

• Résolu, le Dasein est dévoilé à lui-même dans ce qui lui est à chaque fois son pouvoir-être factice, et cela de telle sorte qu’il est lui-même ce dévoiler (Enthüllen) et cet être-dévoilé (Enthülltsein).
• À la vérité appartient un tenir-pour-vrai (Für-wahr-halten).
• L’appropriation expresse de ce qui est ouvert est l’être-certain (Gewiβsein).
• La vérité de l’existence requiert un être-certain (Gewiβsein) en tant que se-tenir dans ce que la résolution ouvre.
• Celle-ci se donne la situation (Situation) factice et se transporte en elle.
• La situation, loin d’être calculée d’avance, est ouverte en une auto-décision (Sichentschlieβen) libre, d’abord indéterminée, mais ouverte à la déterminabilité.
• La certitude qui appartient à une telle résolution doit se tenir dans ce qui est ouvert par la décision.
• Elle ne peut donc pas se raidir (versteifen) sur la situation, mais doit comprendre que la décision, suivant son sens d’ouverture, doit être tenue libre et ouverte pour toute possibilité factice.
• La certitude de la décision signifie : se tenir libre (Sichfreihalten) pour sa re-prise (Zurücknahme) possible.

Résumé p.309

.devancement : mode d’un pouvoir-être existentiel que le Dasein s’intime pour autant qu’il se comprend authentiquement
.devancement : possibilité de son authenticité
.l’authentique « pensée de la mort » est le vouloir-avoir-conscience qui s’est rendu existentiellement translucide

.connexion entre devancement et résolution : mise en lumière phénoménale d’un pouvoir-être-tout authentique du Dasein
.guise d’être où le Dasein se transporte vers et devant lui-même
.doit demeurer ontiquement et ontologiquement inintelligible à l’explication quotidienne, à l’entente du On

Résumé p.308

.le tenir-pour-vrai de la résolution tend à se tenir constamment libre
.certitude constante garantie quand elle se rapporte à ce dont elle peut être certaine : mort

.Dasein : cooriginairement dans la non-vérité
.certitude originaire de sa fermeture
.le Dasein se tient ouvert pour la perte constante, possible sur la base de son propre être, dans l’ir-résolution du On
.l’ir-résolution est co-certaine

.l’indétermination du pouvoir-être propre ne se manifeste totalement quand dans l’être pour la mort
.mort : possibilité constamment certaine et à tout instant indéterminée
.le rien [Nichts] devant lequel l’angoisse transporte dévoile la nullité [Nichtigkeit] qui détermine le Dasein en son fondement [Grunde], lequel est lui-même en tant qu’être-jeté dans la mort

Tuesday, December 14, 2010

Page 306

• L’être-endette est la possibilité existentielle d’être authentiquement ou inauthentiquement en-dette.
• Le « en-dette » n’est jamais que dans un pouvoir-être factice déterminé.
• L’être-en-dette est un pouvoir-être-en-dette.
• La résolution se projette vers ce pouvoir-être, i.e. se comprend en lui.
• L’être pour la mort est l’être originaire du Dasein pour son pouvoir-être.
• Le devancement ouvre cette possibilité comme possibilité.
• La résolution ne devient un être originaire pour le pouvoir-être le plus propre qu’en tant que devançante.
• La résolution ne comprend le « pouvoir » du pouvoir-être-en-dette que si elle se qualifie comme être pour la mort.

• Résolu, le Dasein assume dans son existence le fait qu’il est le fondement nul de sa nullité (nichtige Grund seiner Nichtigkeit).
• La mort est la possibilité de l’impossibilité de l’existence, nullité absolue du Dasein.
• La mort n’est pas surajoutée au Dasein lors de sa « fin », mais, en tant que souci, le Dasein est le fondement jeté (i.e. nul) de sa mort.
• La nullité qui transit l’être du Dasein se dévoile à lui-même dans l’être pour la mort authentique.
• Le souci abrite cooriginairement en soi la mort et la dette.

• L’être-en-dette doit être distingué du status corruptionis au sens théologique.
• Même si la théologie peut trouver dans l’être-en-dette existentialement déterminé une condition ontologique de sa possibilité factice, la dette contenue dans ce status est un endettement factice spécifique, lequel a son attestation propre, qui demeure fermée à toute expérience philosophique.
• L’analyse existentiale de l’être-en-dette ne prouve rien, ni pour, ni contre la possibilité du péché.
• L’ontologie du Dasein, en tant que questionner philosophique, ne sait rien du péché.